Musicothérapie fiction…

Bonjour,

Aujourd’hui je vous propose de découvrir la rencontre d’un jeune musicothérapeute venant de terminer sa formation, avec un musicothérapeute connu est respecté dans sa région.

 

« Quand un musicothérapeute rencontre un musicothérapeute… »

– K. Muviac –

 

Je m’appelle Klaus MUVIAC . Venant de terminer ma formation à la musicothérapie, je commence une démarche de prospection dans ma région afin de rencontrer des musicothérapeutes en activité, afin de voir si je peux trouver ou développer un travail en musicothérapie..

– Bonjour, vous aviez rendez-vous?… 

– Oui, bonjour… j’ai téléphoné à monsieur Prö la semaine dernière, il m’a dit de passer ce matin , vers dix heures. 

– Vous êtes monsieur… ? 

–  Monsieur Muviac… Klaus Muviac.

Tout en l’écrivant, plus ou moins phonétiquement sur son bloc, l’hôtesse reprenait lentement mon nom, syllabe par syllabe.

– Monsieur Muviac… Veuillez patienter quelques instants s’il vous plait, je vais voir si monsieur Prô peut vous recevoir. 

Elle reprit la conversation téléphonique qu’elle avait momentanément arrêtée, tout en poursuivant également le travail de ses mains: dépouillement, classement de courrier et autres prises de notes.

Le sol ressemblait à du marbre, et dans ce vaste hall à haut plafond, les pas résonnaient. Comme dans beaucoup de cliniques les murs étaient blancs, peu de décorations, quelques vieilles plantes vertes, de celles qui sont facile à entretenir et qui ressemblent à du plastique. La porte d’entrée se trouvait au milieu de grandes baies vitrées donnant sur l’allée de graviers blancs et le parc à promenades, pelouses fleuries, arbres décoratifs et petits sentiers, le tout très bien entretenu. Un peu plus bas, en avant, la campagne puis, encore plus loin, la ville, petite et immense à la fois, grouillante et bruyante sous son couvercle de fumées sales. Au-delà encore, la mer, unie au ciel bleu, immobile.

 

« Vous savez…

On obtient beaucoup de choses avec le rythme! »

 

A chaque pas qui traversait le hall, je me retournais mais toujours riens… Au bout d’un long moment, de tourisme-et-découverte-de-la-vallée,un nouveau pas, décidé celui-là, me fit tourner la tête. Cette fois était sûrement la bonne. Un homme, la cinquantaine environ, complet-veston-cravate se tenait près du bureau de l’hôtesse. Ils me regardaient tous les deux, en parlant, puis l’homme vint à ma rencontre, main en avant, sourire de circonstance.

– Excusez-moi, monsieur… ? 

– Monsieur Muviac, Klaus Muviac.

– Ah oui, monsieur Muviac… 

Puis assez sèchement, visiblement dérangé par ma visite,

– … j’ai très peu de temps à vous consacrer, j’ai une séance dans dix minutes. 

– Ah… 

surpris, j’avais quand même rendez-vous, bon, tant pis, si je veux quelques renseignements il va falloir foncer!

– Voilà, comme je vous l’ai déjà dit rapidement au téléphone, je viens de terminer une formation à la musicothérapie et, en prospectant un peu sur la région pour connaître les diverses possibilités d’emploi, ainsi que ce qui existe déjà en la matière, on m’a indiqué votre nom à plusieurs reprises en me précisant que vous pratiquiez la musicothérapie depuis longtemps, ici.   

Ouf ! … Respiration.

–  Mmmm, oui, c’est exact, je fais de la musicothérapie ici depuis… environ… neuf ans. Mais, vous savez, je ne suis pas le seul dans la région! 

– Ah oui?

Oui, oui, je connais plusieurs personnes qui font de la musicothérapie, vous savez, ce n’est pas nouveau… et même dans notre région!

Je suppose qu’il faut comprendre: « on ne vous a pas attendu et la région n’est pas aussi « bouchée » qu’on a l’habitude de le dire.

 Il y a madame X. à l’I.M.P. (…) qui travaille avec des enfants…., monsieur Y. un psychiatre que je connais et qui fait un travail très intéressant à l’H.P. (…) avec des adultes, lui. 

– Vous dites… madame X… monsieur Y… ?

Je m’empresse de noter ces deux noms sur un bout d’enveloppe qui traîne dans ma poche.

…Vous savez ce qu’ils font exactement? 

–  Pour madame X. Pas vraiment, j’en ai seulement entendu parler, pour monsieur Y., je crois que c’est une sorte d’atelier musical où ils font du rythme avec les malades.

J’aimerai bien en savoir plus, mais lui, qu’en pense-t’il?

– Ce doit être intéressant!? 

– Oh oui, c’est très intéressant. Je crois même qu’ils se produisent en spectacle dans le courant de l’année… Vous savez, on obtient beaucoup de choses avec le rythme! 

Oh là là, attention, nous voilà peut-être embarqués sur un terrain particulièrement glissant et qui a le don de bien m’agacer quand on se lance dans des généralités comme: la musique ça fait du bien… le rythme c’est important… Face au rythme à tout faire et aux résultats spectacles ( à moins que ce ne soit le contraire), j’ai les poils qui se dressent! …

Redressons doucement la barre et évitons l’accrochage…

– Vous travaillez également avec du rythme? 

Ah non! Moi, pas du tout!

Répondit-il vivement comme pour s’en défendre, accompagnant sa réponse d’un geste très significatif des deux mains. Puis, reprenant sur un ton plus « confidence » , « laissant penser que…  »

– Vous savez ici… la clientèle est très différente… tentatives de suicides, dépressifs, etc. , nous travaillons avec des personnes sous forte médication… et puis, d’ailleurs, je ne suis pas assez musicien pour ce genre d’activités. 

– Vous n’êtes pas musicien?

Celle-là je ne m’y attendais pas!  Moi, avec toutes mes croyances et mes convictions. Moi, musicien depuis mon enfance, avec mes années d’études au conservatoire jusqu’à toutes mes expériences de professionnel de la musique, celles-là qui justement, m’ont amenées sur le chemin de la musicothérapie… je me trouve là, face à un musicothérapeute, reconnu, en activité, et qui me dit le plus naturellement: « Je ne suis pas assez musicien  »

– Mais…?

j’hésite un peu, puis me lance:

– Pour faire de la musicothérapie, vous avez sûrement une petite formation musicale de base? 

– Ah oui, bien sûr!…

Ouf, je respire, là, vraiment, je me posais des questions.

– … Quand j’étais jeune, j’ai appris le piano, le solfège, tout ça… oh, un peu comme tout le monde, parce que mes parents me faisaient prendre des cours… Au lycée, j’ai commencé à diminuer un peu puis il a vraiment fallu choisir et à mon entrée en fac de psycho, j’ai totalement arrêté. Pourtant, depuis ce temps là, j’ai toujours gardé le goût de la musique et même de pianoter, du reste, il y a un an, je me suis payé un piano et j’aime bien m’y remettre de temps en temps. 

 

« Donnez-moi de vos nouvelles, je vous enverrai des clients »

 

Reprenons le cours de mes questions…

Votre formation de musicothérapie, vous l’avez faite à Paris?… ou peut-être à Montpellier?

N’ayant jamais entendu parler de lui à Bordeaux et compte tenu de sa réaction face au rythme, je penchais plutôt pour Paris.

– Vous savez, moi, je ‘ai pas suivi réellement de formation de musicologie… 

Pardon, qu’est-ce qu’il a dit?…  J’ai pourtant bien entendu… c’est peut-être un lapsus?

– de musicothérapie?

ça m’a échappé

– Oui, oui, tout ça!…

fait-il avec un geste agacé mais non troublé, il reprend avec assurance:

–  Moi je suis psychologue, j’ai suivi une formation de psychologue mais comme je me suis toujours intéressé à la musique, je me suis spécialisé en lisant pas mal d’ouvrages et d’articles de ces musicologues…

ça y est, il remet ça!

…comme cette Genevoise…

Madame C.B. De M. ?

Oui… heu…  (pas très sûr,)  ...je crois que c’est ça,… elle a fait une émission à la télé il y a quelques temps.

– Ah? .. oui, peut-être… on m’en a parlé

Effectivement si c’est elle la musicologue, on m’en a parlé aussi, mais quand même, toutes ces confusions, (musicologie, musicothérapie, musicologue…), me laissent pour le moins perplexe.

– Vous savez, c’était très intéressant… si vous voulez je peux vous prêter la cassette… je l’ai enregistrée. 

– Merci, c’est gentil mais… je n’ai pas la télé! 

J’y reviens, mais sur le moment, j’avoue que j’étais très troublé par toutes ces réponses et même avec du recul, je peux dire que tout cela me paraît incroyable. J’étais là devant une personne du métier,un musicothérapeute en place et qui pratiquait depuis (je cite) « depuis environ neuf ans »

– Alors, vous êtes psychologue? 

– Euh… oui… C’est à dire… j’ai une formation de psychologue mais depuis que je suis là, je ne fais que de la musicothérapie. 

– Vous êtes donc employé ici en tant que musicothérapeute? 

– C’est-à-dire… oui, si l’on veut, je suis musicothérapeute ici mais avec une formation et une qualification de psychologue. 

Bon j’abandonne ce terrain,… passons à la pratique:

–  Quelles sortes de séances pratiquez-vous?... collectives ou individuelles? 

–  Uniquement collectives..  Comme je vous l’ai dit, vu la clientèle et le nombre, des séances individuelles seraient impossibles… de plus l’établissement ne pourrait pas supporter autant de séances. 

–  Mais… vous prenez tous les malades? 

– Non pas tous, mais la grande majorité et quand cela leur devient possible… ça leur fait du bien vous savez!

– Et en quoi consiste habituellement la forme de vos séances? 

– Disons que cela s’apparente beaucoup à la relaxation et à l’écoute musicale. 

– …des techniques de relaxations sous induction musicale?

– Euh… Ouuui… En quelque sorte puis, après la séance nous discutons un peu de l’oeuvre, de l’auteur, des sentiments exprimés, des sensations ressenties.

– Vous évoluez aussi parfois sur la musique?

– Non, non, nous avons une grande pièce équipée de fauteuils où nous nous installons. Je baisse la lumière et parfois j’ajoute quelques couleurs puis nous écoutons le programme que j’ai sélectionné en

fonction des séances précédentes. 

– Vous avez un répertoire spécial?… des œuvres précises? 

Oui, pour ma part, j’avais déjà pas mal de musiques et j’ai la chance d’avoir pu faire réaliser par l’établissement une belle discothèque assez complète. J’ai ainsi un grand choix d’œuvres sélectionnées en fonction des effets qu’elles produisent.

 – Ce sont des effets que vous avez observés vous-même?, à l’usage?

–  Oui, oui…J’ai d’ailleurs établi un fichier bien pratique à cet effet, mais je me suis surtout servi de fichiers déjà édités dans plusieurs ouvrages ou revues de musicothérapie…. Cela demande, bien sûr, beaucoup de travail de préparations étant donné que je fais de nombreuses séances dans une semaine, mais enfin, je m’arrange souvent à faire la même séance pour plusieurs groupes, ce qui me simplifie quand même bien la tâche. 

L’entrevue ne me paraissait pas très longue et pourtant déjà j’avais l’impression de fatiguer. A moins que ce ne soit toutes ces réponses imprévues qui venaient d’ébranler toute ma jeune science de

musicothérapeute. Mes exigences et mes idées toutes neuves mais si longuement forgées….

Toujours est-il que j’en avais assez pour aujourd’hui. Encore une question ou deux pour ne pas être impoli et je rentre mettre de l’ordre là-dedans.

– Vous avez remarqué de bons résultats?

… Zut! Trop tard, là , j’ai peut-être gaffé!

 Oui, oui! Beaucoup!… (tant mieux) … la musicothérapie est une thérapie douce et les gens l’apprécient beaucoup, ils en redemandent même!… (Re Tant mieux)  … vous savez, si vous ouvrez un cabinet en ville, vous n’aurez aucune difficulté pour trouver une clientèle. 

 – Ah oui, vous croyez? 

 J’en suis sûr!  Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de personnes qui voudraient revenir à mes séances et qui me demandent s’il n’existe rien en ville pour continuer… et puis c’est très dans l’air du temps avec l’art thérapie! et toutes ces nouvelles pratiques.

 – C’est peut-être une idée…

Ce qui est sûre c’est que ce n’est pas encore la mienne.

Bon, il faut conclure maintenant. Faisblesse ou prudence, je garde mes idées et mes remarques… Après tout, lui, il travaille

-…  Eh bien merci pour tous ces renseignements, je ne voudrais pas abuser plus longtemps… 

– Mais non, mais non, c’était bien naturel et de plus c’était un plaisir de vous rencontrer… Donnez-moi de vos nouvelles, je vous enverrai des clients… 

Oui, euh… merci, au revoir! 

Sur l’allée blanche qui me ramenait à ma voiture j’avais l’impression, moi aussi, d’avancer au ralenti, comme ces étranges promeneurs du parc…

Le débat animé que je n’avais osé, me chahutait la tête. Depuis la fin de ma formation c’était la première fois que je rencontrais un musicothérapeute en place, reconnu, faisant autorité dans ma région…

 

Musicothérapie fiction ou réalité?…

J’ai lu cette petite histoire de Klaus Muviac dans la revue « MUSIQUE – THÉRAPIE – COMMUNICATION », (la revue de musicothérapie de l’AMBx) en 1989.

 Qu’en est-il aujourd’hui?

Personnellement, j’ai peut-être pris un peu de distances avec le milieu de la formation et de la pratique de la musicothérapie, mais je suis toujours effaré d’entendre encore aujourd’hui parler de cette façon de la musicothérapie.

Si vous n’êtes ni en formation à la musicothérapie, ni musicothérapeute réellement formé, ce petit récit ne vous a peut-être pas particulièrement choqué et je le comprends très bien.

En effet, nous ne parlons souvent que de ce que nous avons pu comprendre venant de discussions entre amis plus ou moins informés, ou encore venant d’émissions de télé ou autres médias plus intéressés à l’audience et à la vente que d’informations précises, sans parler de bouquins et maintenant de sites et de blogs internet très « légers » sur le sujet.

Il en est de même pour la musicothérapie, avec les usages et les effets de la musique, qui soigne, qui guérit, qui fait du bien,  les effets de la musique de Bach, de Mozart, de Vivaldi, la musique qui fait pousser les plantes, qui augmente la production du lait chez des vaches, la magie du son, des vibrations… etc. etc.

C’est ainsi que cette idée, un peu floue, où tout ce que l’on fait avec de la musique dans un cadre autre que celui de l’apprentissage et la production musicale, cette seule idée se transmet, se transforme et se déforme de l’un à l’autre en cet amalgame que l’on nome avec beaucoup de facilité…  Musicothérapie.

Restons en là  pour aujourd’hui…  et même si je n’oublie pas que:

« nos convictions ne sont pas des certitudes »

Dans le prochain article  je vous donnerai une définition de ce qu’est pour moi la MUSICOTHÉRAPIE, telle que je l’ai découverte, intégrée à mes pratiques et transmise dans mes cours et stages de formation. (Ecoute et communication en situation d’apprentissage – Apprendre à lire la musique – Jeux sonores/musicaux à la rencontre de l’autre)

Merci et à bientôt,

Jean-Claude

Lecture:   – Eléments de Musicothérapie – Gérard Ducourneau, édition Dunod, Thérapie, 1997.

  La musicothérapie tient désormais une place importante parmi les disciplines dont l’objectif est  d’offrir une relation d’aide. Fondée sur l’utilisation du son comme outil thérapeutique, elle contribue  à rétablir chez le patient les canaux de communication. Dans ce livre,  Gérard  Ducourneau fait le  point sur les nouvelles perspectives offertes par une recherche toujours en mouvement: – troubles  de la relation – procédés musicaux – prescriptions thérapeutiques – applications et formations –  travaux pratiques…

 Sur tous ces points l’auteur propose une synthèse didactique, définit avec clarté termes et concepts,  précise les techniques et les buts poursuivis et présente une étude originale sur l’articulation du  verbal et du non-verbal.

Destiné aux professionnels des secteurs médical, médico-social et para-médical, cet ouvrage, illustré de nombreux cas cliniques, permet de saisir la réalité d’une discipline venant en appoint des pratiques psychothérapeutiques visant à favoriser le mieux-être des patients et qui contribuent à une meilleure intégration et à une bonne socialisation.


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